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Et si le travail facilitait la naissance d’une mère?

CHRONIQUE JOURNAL LE TEMPS - 4 JUIN 2020. Si ralentir le rythme de travail est nécessaire autour de la naissance d’un enfant, il ne l’est pas pour toutes les femmes de la même manière. Pour certaines, l’engagement fort dans leur emploi est essentiel à leur équilibre, rapporte notre chroniqueuse.

https://www.letemps.ch/economie/travail-facilitait-naissance-dune-mere


Lorsqu’on parle d’équilibre des vies maternelle et professionnelle, on évoque souvent des solutions d’aménagement et de ralentissement du rythme de travail. «Reposez-vous, préparez l’arrivée de votre bébé, remettez-vous de la naissance» sont les conseils usuels pour permettre aux nouvelles mères de s’adapter à tous les changements qui les assaillent.


Certaines femmes considèrent ce ralentissement inutile, voire irritant.

C’est le cas de Claire, qui raconte avec amertume sa première maternité au travail. «Lorsque j’ai annoncé que j’étais enceinte, on m’a immédiatement soulagée de plusieurs projets. A ce moment, ma capacité de travail était intacte et je me suis sentie mise à l’écart et menacée dans mes responsabilités.» Cette action managériale peut être bienveillante, mais elle est probablement mise en place un peu trop tôt. Le début de la grossesse est un moment intense pour les femmes, qui doivent intégrer les changements de la nouvelle vie annoncée. Aménager leur emploi du temps à ce moment peut être vécu comme menaçant. Pourquoi décider à la place des femmes ce qui est bon pour elles alors que certaines vivent le travail comme un équilibre dans leur maternité?


«Emma, elle, attendait son deuxième enfant quand je l’ai rencontrée, raconte la sage-femme. Elle expliquait avec fierté que son premier bébé était la société qu’elle avait créée avec son mari. Elle affirmait que cette grossesse ne changerait rien à son engagement pour le travail et je m’inquiétais de la place qu’elle laisserait à ce bébé dans son agenda rempli. Peu après la naissance, elle parlait de reprendre le travail, ce qu’elle a fait assez vite. Elle est restée connectée à ses projets, a envoyé des e-mails entre deux allaitements et souvent fréquenté le bureau avec son bébé. Pour finir, elle n’a pas vraiment eu de congé maternité.»


Ce rapport au travail peut surprendre, voire inquiéter l’entourage et les jugements de valeur sont nombreux. Est-ce que cette femme a investi sa maternité ou fuit-elle son rôle de mère? Cela aurait-il un impact négatif pour l’enfant? Pourquoi se mettre tant de pression pour le travail? La majorité des mères éprouvent de la fatigue et peinent à retrouver la motivation pour leur activité professionnelle. Aussi, ces «super women» représentent un référentiel inhabituel qui peut diminuer les autres femmes «On s’est battues pour un congé maternité et ces femmes mettent tout en péril», entend-on murmurer dans l’entourage…


Besoin du travail pour s’épanouir


La sage-femme nous affirme qu’elle n’a pas perçu chez Emma de trouble de l’attachement ni de prétention de faire mieux que les autres femmes. Il semble que cette femme aime son travail et qu’elle en ait besoin pour s’épanouir. Par ailleurs, le lien avec son bébé est bon et la dynamique familiale s’installe harmonieusement. L’équation est juste et la femme heureuse se révèle une maman aimante.

La sage-femme relève plusieurs hypothèses pour expliquer cette harmonie: le lien affectif d’Emma pour son travail est fort, elle bénéficie d’une organisation flexible qui lui permet de garder son bébé avec elle et, enfin, son enfant est calme et confortable. «Ça n’est pas toujours le cas!»


Selon Raffaella Dorier, psychologue du travail, «les femmes voient leur identité bouleversée au cours de la maternité et le retour au travail précoce pourrait être une façon de trouver un équilibre dans leur rôle de mère. A la maison, elles sont souvent confrontées à la solitude maternelle et parfois peu conscientes des transformations positives liées à cette expérience inédite. Lorsque le travail est vécu comme porteur de sens et si les femmes y retrouvent un groupe social, leur activité professionnelle pourrait les aider à traverser les changements vécus au cours de la maternité.» Ces éléments de compréhension résument également ce qui est essentiel pour regagner la motivation des femmes: un travail qui a du sens, avec lequel on a créé un lien affectif et qui offre de la flexibilité.



La sage-femme et la psychologue concluent unanimement qu’il faut cependant se rappeler que les enfants ont besoin de disponibilité émotionnelle et qu’un rythme effréné au travail peut compromettre la santé de tous.



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