Rechercher
  • laetitiaam

Et si plus de flexibilité pour les hommes signifiait plus d’égalité?

Chronique publiée dans la version Web du journal Le Temps le 22.10.2021


OPINION. Accorder de la flexibilité aux hommes dans l’organisation du travail est un levier puissant qui conduira vers plus d’égalité dans les milieux professionnels et qui doit continuer de se développer



En Suisse, 77% des ménages avec enfants sont organisés selon un modèle traditionnel, l’homme travaillant à plein temps et la femme à temps partiel ou ne travaillant pas¹.


La parentalité justifie la prépondérance de ce modèle.

Pourquoi les mères font-elles le choix de rester auprès de leur enfant, ou plus exactement pourquoi les hommes ne font-ils pas ce choix?


Les freins à l’égalité sont nombreux et encore souvent inconscients: normes sociétales, salaires féminins trop bas pour couvrir les besoins de la famille ou milieux professionnels réfractaires à accorder plus de flexibilité aux hommes.


On entraperçoit toutefois des perspectives, comme la reconnaissance du lien entre la prise du congé paternité/parental et l’engagement paternel².

Ce concept d’engagement paternel, développé par les chercheurs Haas et Hwang, englobe plusieurs significations: le temps passé avec l’enfant, la nature-qualité de leur relation ou encore le niveau de responsabilité attribué à ce rôle. Construit selon des déterminants individuels, familiaux et sociétaux, l’engagement paternel pourrait amener les hommes au choix de s’impliquer davantage dans la vie familiale.


Expérience norvégienne


C’est précisément ce que raconte Tristan Champion dans le roman La Barbe et le Biberon. Le jeune père français, se voyant contraint par son épouse norvégienne de prendre un congé parental de cinq mois à Oslo, raconte que ce qui lui semblait un véritable challenge s’est transformé en une expérience essentielle.


C’est en vivant ce temps seul à s’occuper des enfants qu’il a pu se projeter pleinement dans ses responsabilités affectives et éducatives, tout en endossant la charge mentale familiale lorsque sa femme est retournée au travail.

«Les normes sociétales d’un pays influencent énormément l’organisation des ménages», témoigne l’auteur qui a eu trois enfants dans trois pays différents.


L’expérience norvégienne reste un souvenir ineffable qui ne l’a nullement freiné dans sa carrière et qui l’a initié au plaisir de la parentalité ainsi qu’au partage des tâches. Aujourd’hui, il pose des limites claires avec son travail qui lui permettent de rester très impliqué dans sa vie familiale.


L’exemple de Mickael illustre cette problématique en Suisse où le droit fédéral ne prévoit pas de congé parental. Le jeune cadre, qui vient de devenir père pour la deuxième fois, aspirait à s’impliquer davantage auprès de sa famille ainsi qu’à occuper une place qui ne se limite pas à une aide. Il s’est donc construit son propre congé parental en utilisant l’offre de son entreprise de doubler son temps de vacances annuel. Cette mesure, non réservée aux parents, lui a permis de jouir de deux mois et demi de congé paternité.


Comblé, il explique qu’il a pu se sentir émotionnellement connecté avec ses enfants et que son couple a découvert un meilleur équilibre en partageant les tâches et en s’accordant une attention réciproque. Le challenge est désormais son retour au travail et la gestion du stress, mais cette expérience lui a permis d’investir son rôle de père ainsi que de prendre conscience de la charge de travail liée aux enfants.


Accorder autant de flexibilité aux hommes qu’aux femmes est essentiel pour soutenir les pères, leurs compagnes, leurs enfants et pour construire une société plus équilibrée.

C’est d’ailleurs un des objectifs de la Stratégie Egalité 2030 de la Confédération qui aspire à une meilleure autonomie économique des femmes.



1. Familles en Suisse. 2. L. Haas et P. Huang (2007), «Gender and organizational culture: Correlates of companies’ responsiveness to fathers in Sweden», Gender and Society, vol. 21, no 1, p. 52-79.




19 vues0 commentaire